
Vous avez reçu deux offres de prêt pour financer votre véhicule utilitaire ou votre outillage. Les taux affichés sont quasi identiques. Pourtant, les mensualités diffèrent de 80 €. Bizarre ? Pas vraiment. Le taux que vous voyez n’est jamais le coût réel. D’après les données avril 2025 de la Banque de France, le taux moyen pour les nouveaux financements aux entreprises s’établit à 3,54 %. Sauf que ce chiffre ne vous dit rien sur ce que vous allez réellement débourser.
Information importante
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en financement. Consultez un courtier en prêt professionnel ou votre conseiller bancaire pour toute décision d’emprunt.
- Le taux nominal n’est pas le coût réel : toujours comparer sur le TAEG
- Les intérêts se calculent sur le capital restant dû, pas le montant initial
- Le type d’amortissement (constant ou linéaire) change le coût total de plusieurs milliers d’euros
- Frais de dossier + assurance + garantie = jusqu’à 1 point de différence entre taux nominal et TAEG
Taux nominal, TAEG, TEG : ce que les banques vous disent (et ce qu’elles omettent)
La première erreur que je rencontre chez les entrepreneurs ? Comparer des offres sur le taux nominal. C’est comme comparer le prix d’une voiture sans compter l’assurance, le carburant et l’entretien. Selon l’article de Service-Public.fr, les établissements financiers ont l’obligation légale de mentionner le TAEG dans leurs publicités, leurs offres préalables et leurs contrats de prêt. Et c’est sur ce chiffre-là que vous devez vous concentrer.
Le taux nominal, c’est la partie visible de l’iceberg. Il sert à calculer les intérêts bruts sur le capital emprunté. Point. Il ne vous dit rien sur les frais de dossier, l’assurance emprunteur ou les garanties exigées. Si vous comparez deux offres uniquement là-dessus, vous vous trompez dans les grandes largeurs. Dans les dossiers que j’accompagne, cette confusion représente régulièrement un surcoût de 3 000 à 6 000 € sur la durée du prêt.
Ce que le TAEG intègre vraiment : les intérêts sur le montant emprunté, les frais de dossier, les honoraires de courtier éventuels, l’assurance emprunteur obligatoire et les frais de garanties obligatoires. Le TAEG ne peut pas dépasser le taux d’usure en vigueur.
Parlons du TEG. Vous le verrez parfois mentionné sur d’anciens documents. Le TEG (Taux Effectif Global) a été remplacé par le TAEG en 2016 pour les crédits aux particuliers, mais la distinction reste floue pour beaucoup. Dans la vraie vie, retenez simplement : comparez toujours sur le TAEG. Si votre banquier vous parle uniquement du taux nominal, posez la question directement. (Et c’est normal s’il hésite deux secondes avant de répondre).
Pour bien choisir entre les différents types de taux d’intérêt pour votre projet, il faut d’abord comprendre cette distinction fondamentale. Un taux fixe à 4 % peut coûter moins cher qu’un taux variable qui démarre à 3,2 % — tout dépend de l’évolution des marchés et de la durée de votre emprunt.
5,09%
Taux d’usure T4 2025 pour les prêts à taux fixe de 20 ans et plus
Les formules de calcul : mode d’emploi avec exemples concrets
Soyons honnêtes : les formules mathématiques ne passionnent personne. Mais si vous voulez vérifier ce que votre banque vous propose, il faut comprendre le mécanisme. Je vais vous montrer les trois méthodes utilisées en pratique, avec un exemple sur 100 000 € à 5 % sur 7 ans. Pas de jargon inutile.
Calcul des intérêts simples : la base à maîtriser
La formule des intérêts simples est la plus basique : I = C × t × n. I représente les intérêts, C le capital emprunté, t le taux annuel (en décimal) et n le nombre d’années. Pour 100 000 € à 5 % sur 7 ans, ça donne : 100 000 × 0,05 × 7 = 35 000 € d’intérêts théoriques.
Mais attention. Cette formule ne s’applique presque jamais telle quelle aux prêts professionnels. Pourquoi ? Parce que les intérêts se calculent sur le capital restant dû, pas sur le montant initial. À chaque échéance, vous remboursez une partie du capital, donc la base de calcul diminue. Le montant réel des intérêts sera donc inférieur aux 35 000 € théoriques.
Amortissement constant : mensualités dégressives
Avec l’amortissement constant, vous remboursez chaque mois la même part de capital. Les intérêts, eux, diminuent au fil du temps puisqu’ils sont calculés sur un capital de plus en plus faible. Résultat : vos mensualités démarrent haut et descendent progressivement.
Concrètement, sur 100 000 € à 5 % sur 84 mois (7 ans), la part capital mensuelle est de 1 190 €. Le premier mois, vous payez 1 190 € de capital + 417 € d’intérêts = 1 607 €. Le dernier mois, vous ne payez que 1 190 € + 5 € d’intérêts = 1 195 €. Total des intérêts : environ 17 700 €.
Amortissement linéaire : la formule standard des banques
C’est le mode de calcul le plus répandu. Vos mensualités restent identiques du premier au dernier jour. La formule exacte est plus complexe : M = C × (t/12) / (1 – (1 + t/12)^-n). Franchement, personne ne fait ce calcul à la main. Utilisez un simulateur ou demandez le tableau d’amortissement à votre banque.
Sur le même exemple (100 000 € à 5 % sur 84 mois), la mensualité constante tourne autour de 1 414 €. Total des intérêts : environ 18 800 €. Soit 1 100 € de plus qu’avec l’amortissement constant.
| Type amortissement | Mensualité initiale | Mensualité finale | Intérêts totaux | Coût total |
|---|---|---|---|---|
| Amortissement constant | 1 607 € | 1 195 € | 17 700 € | 117 700 € |
| Amortissement linéaire | 1 414 € | 1 414 € | 18 800 € | 118 800 € |
| In fine (capital à l’échéance) | 417 € | 100 417 € | 35 000 € | 135 000 € |
La différence saute aux yeux. L’amortissement in fine (où vous ne remboursez que les intérêts pendant toute la durée, puis le capital en bloc à la fin) coûte presque le double en intérêts. Il est rarement pertinent sauf cas très spécifiques de montage fiscal.

Ce qui alourdit la facture : frais cachés et pièges à éviter
J’ai accompagné Stéphane l’année dernière. Son cas m’a marqué parce qu’il pensait avoir trouvé la bonne offre. Gérant d’une entreprise de menuiserie à 38 ans, il cherchait 120 000 € pour racheter du matériel industriel. Il avait reçu trois propositions avec des taux nominaux quasi identiques autour de 4,2 %. Sur le papier, même combat.
Sauf qu’en regardant de plus près, les TAEG réels variaient de 4,8 % à 5,9 %. La différence ? Les frais de garantie. L’une des banques exigeait une hypothèque sur son local professionnel (coût : 2 800 €), une autre acceptait une caution Bpifrance (coût : 900 €). Au final, Stéphane a économisé 4 200 € sur 7 ans en choisissant l’offre la moins chère en TAEG — qui n’était pas celle avec le taux nominal le plus bas.
L’erreur à 4 000 € que font 7 entrepreneurs sur 10 : comparer uniquement les taux nominaux affichés sans intégrer les frais de garantie et d’assurance. Dans les dossiers que j’accompagne, cette confusion représente régulièrement un surcoût de plusieurs milliers d’euros sur la durée du prêt. Ce constat est limité aux dossiers accompagnés par notre cabinet et varie selon le montant et la durée.
L’assurance emprunteur, parlons-en. Elle peut représenter une part énorme du coût total. Et le piège, c’est que certaines banques excluent une partie du coût de leur calcul de TAEG. Comment ? En déclarant certaines garanties comme « facultatives » alors qu’elles les exigent en pratique pour vous accorder le prêt. Un courtier en prêt professionnel peut vous aider à décortiquer ces subtilités et négocier des conditions plus transparentes.

Le différé d’amortissement est un autre point à surveiller. Utile si vous avez besoin de souffler en début de prêt (par exemple, le temps que votre investissement génère du chiffre d’affaires), il augmente mécaniquement le coût total. Pendant la période de différé, vous payez les intérêts sans rembourser le capital. Résultat : les intérêts s’accumulent plus longtemps.
Je recommande toujours de demander deux simulations à votre banquier : une avec différé, une sans. Vous verrez concrètement la différence en euros. Sur un prêt de 80 000 € avec 6 mois de différé partiel à 4,5 %, comptez environ 1 800 € d’intérêts supplémentaires par rapport à un démarrage immédiat.
Comparer et négocier : la méthode pour économiser plusieurs milliers d’euros
Vous pensez que les taux sont gravés dans le marbre ? Pas du tout. Les banques ont des marges de négociation, surtout si votre dossier est solide. Mais pour négocier, encore faut-il savoir sur quoi appuyer. Voici ma méthode, celle que j’utilise sur le terrain quand j’accompagne des dirigeants.
Quelle stratégie de négociation selon votre situation ?
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Si vous avez plusieurs offres en main :
Jouez la concurrence frontalement. Montrez les propositions (en masquant les noms si vous préférez) et demandez explicitement un alignement sur le TAEG le plus bas.
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Si vous êtes client historique de la banque :
Utilisez votre fidélité comme levier. Demandez une réduction sur les frais de dossier ou une délégation d’assurance externe (souvent moins chère).
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Si votre entreprise est jeune (moins de 3 ans) :
Orientez-vous vers les banques qui travaillent avec Bpifrance pour la garantie. Vous économiserez sur les frais de caution et rassurerez le prêteur.
D’après les statistiques novembre 2025 de la Banque de France, le taux moyen des financements entreprises est passé à 3,42 %. C’est en baisse par rapport aux 3,54 % d’avril. Ça dépend des mois, ça dépend de votre profil. Mais retenez : le taux affiché est un point de départ, pas une ligne d’arrivée.
Conseil pro : Demandez systématiquement le tableau d’amortissement complet avant de signer. Vérifiez que le total des mensualités correspond bien au montant emprunté + intérêts annoncés. J’ai vu des erreurs (rares, mais ça existe).
Pour certains équipements (véhicules, machines-outils), pensez aussi aux solutions de crédit-bail pour entreprises. Le mécanisme est différent : vous louez le bien avec option d’achat à la fin. L’avantage ? Les loyers sont déductibles à 100 % comme charges d’exploitation. L’inconvénient ? Le coût total est souvent supérieur à un prêt classique.
7 points à vérifier avant de signer votre offre de prêt
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TAEG affiché clairement (pas seulement le taux nominal) -
Détail des frais de dossier et leur montant exact -
Coût et conditions de l’assurance emprunteur (possibilité de délégation) -
Type de garantie exigée et son coût (caution, hypothèque, nantissement) -
Pénalités de remboursement anticipé (souvent négociables) -
Durée totale et nombre exact d’échéances -
Montant total dû inscrit noir sur blanc (capital + intérêts + frais)
Vos questions sur le calcul des intérêts d’un prêt pro
Quelle différence entre taux nominal et TAEG ?
Le taux nominal sert uniquement à calculer les intérêts bruts sur le capital emprunté. Le TAEG (Taux Annuel Effectif Global) inclut tous les frais obligatoires : intérêts, frais de dossier, assurance, garanties. C’est le seul indicateur fiable pour comparer des offres de prêt entre elles. La réglementation impose son affichage dans toute offre de crédit.
Comment calculer le coût total de mon prêt professionnel ?
Additionnez le total des mensualités (mensualité × nombre d’échéances) puis ajoutez les frais payés une seule fois (dossier, garantie). Soustrayez le capital emprunté. Le résultat = coût total du crédit. Plus simple : demandez le tableau d’amortissement à votre banque, le montant total y figure.
Vaut-il mieux un amortissement constant ou linéaire ?
L’amortissement constant coûte moins cher en intérêts totaux, mais les premières mensualités sont plus élevées. L’amortissement linéaire (mensualités fixes) est plus facile à gérer pour votre trésorerie. Si votre BFR le permet, privilégiez l’amortissement constant. Sinon, la prévisibilité du linéaire reste un avantage.
Comment vérifier si le tableau d’amortissement est correct ?
Vérifiez trois points : (1) le total des parts capital égale bien le montant emprunté, (2) chaque ligne d’intérêts = capital restant dû × taux mensuel, (3) le total général correspond au capital + intérêts annoncés. Si un chiffre ne colle pas, demandez des explications écrites à votre banque.
Le taux d’usure s’applique-t-il aux prêts professionnels ?
Le taux d’usure ne s’applique pas directement aux crédits destinés à une activité professionnelle (hors immobilier). En revanche, si vous empruntez en tant que personne physique (auto-entrepreneur par exemple) pour un usage mixte, les règles peuvent varier. Renseignez-vous sur votre situation précise auprès de votre banque.
Ce qu’il faut retenir : le taux que votre banquier vous annonce n’est jamais le coût réel. Comparez toujours sur le TAEG, demandez le tableau d’amortissement, et n’hésitez pas à mettre les offres en concurrence.
Plutôt que de vous fier aux discours commerciaux, posez-vous cette question avant chaque signature : ai-je vérifié le montant total dû, frais compris, et comparé avec au moins une autre proposition ?
Précisions sur les calculs et simulations
- Les formules présentées sont des méthodes standard qui peuvent varier selon les établissements bancaires
- Les taux mentionnés sont indicatifs et évoluent selon les conditions de marché et votre profil emprunteur
- Le coût total réel inclut des frais annexes (garanties, assurances) qui nécessitent une analyse personnalisée